Ca y est, c'est fait !!!!
Pour cette 3 ième tentative, tout s 'est joué en 36 heures, malgré, pour
mémoire 4 jours avant le second échec !!!! Entre les analyses des échecs
postérieurs, l' étude de la météo à venir et les solutions à apporter, le Team
Best Freekite IST n'a pas chômé en remportant une 1ère victoire en se donnant
les moyens de tout remettre en place sur les bons rails, alors que nous avions
déjà jeté l' éponge jusqu' en 2008 ........Merci les Garçons.
Nous ne pouvions rester les bras croisés sur l' île de Marie-Galante et
regarder le vent souffler tout le WE .....IMPOSSIBLE.
Nous décidons alors d' un départ le Samedi 3 Mars 2007 en pleine eau, au
large de Marie-Galante à une bonne dizaine de milles nautiques dans l' EST pour
pouvoir se dégager de l' île de la Dominique et descendre plus facilement sur sa
pointe Sud ; tout le matériel est donc embarqué la veille. Le mat avec les
phares déjà en place et 2 380 litres d' essence répartis dans les cuves du
bateau ( 500 l + 800 l ) et 1 080 litres en bidons de 200 l. Nous sommes assis
sur une bombe :-) !
Je me prépare à la maison après un court sommeil, il est 5 h 15 . J' enfile
ma souris, mon intégrale, mon lycra, mes chaussons et vérifie une Nième fois mes
sacs, dehors il fait nuit et j' entends le vent.......Ouf.
Tout le Team se retrouve vers 5 h 45 au port de Capesterre de
Marie-Galante. Sont présents Jojo Bastareau ( le Propriétaire ), Curtis et
Mikaël ( ses 2 mousses ) et Antoine Salomon qui sera cameraman, photographe,
responsable logistique du matériel, de ma nutrition et de ma surveillance.
Maurice Fichan (présent lors de la première et seconde tentative) restera à quai
pour récupérer physiquement et ma femme Natacha est venue pour un gros bisou
tendre et amoureux Nous montons à bord avec les ailes BEST (15 m² Waroo 2, 14 m²
Waroo 1, et une 11m² Waroo 2), une Directionnelle et un Twin-tip.
Nous passons la grande passe et filons vers le large, dans l'Est.
La mer est un peu agitée et nous secoue sans ménagement puisque nous sommes
face à elle. Le soleil se lève et nous fait entrevoir un grain au large. Je me
mets à l' eau après son passage, je défais mes lignes, Antoine me décolle la
Waroo, il est 7 h 20. On note sur le traceur/routeur le Waypoint de départ : N
15°57 et W 061°04. "" Y a plus K !!!!""
Rien à dire, cela fait du bien de se retrouver au large au Grand Largue
sans obstacle. Que du bonheur, j' apprécie.
Le temps n' est pas clair et nous ne distinguons pas la Dominique. Elle
apparaît après 2 heures et je mets le cap sur sa pointe Sud. C' est magnifique.
Les falaises dominent sur plusieurs étages de 50 à plus de 200 m de haut, la mer
agitée en bas. Houlala, c' est très hostile avec un fort courant et un gros
ressac. On ne fait que traverser mais cela prend plus d' une heure à
proximité.
Je m' éloigne et rentre petit à petit dans la Mer des Caraïbes. Quelques
heures après, un front noir et plein de pluie se développe et m' oblige à tirer
un peu plus vers la Martinique pour ne pas me le prendre en plein dessus. Le
vent se lève malgré tout, la mer s' assombrit et je dépote à plus de 18 Noeuds,
tout va bien, mais je pense aussi qu' il faut en garder sous le pied alors je
ralentis pour soulager ma sangle abdominale qui joue le rôle d'
amortisseur.
Le front passe et je me retrouve avec un vent mollissant mais pouvant
avancer correctement en balançant l' aile (pomper). Il ne s' agit pas d' aller
vite mais loin, donc pas d' inquiétude. Sauf que de plus en plus, il faut pomper
plus vite et abattre limite en vent arrière pour rester à flot. L' horreur quoi
.........Je zigzague en attendant le passage de la bulle. Gros coup de déprime
en pensant à la 1ère tentative où il à fallu pomper pendant des heures sans
jamais revoir le vent et abandonner.
Après une heure, je sens que ça rentre et je reprends espoir, en reprenant
ma route vers le large de la Martinique (plus de 25 milles nautiques). J' ai
très soif et j' ai vidé mon sac à dos. Je sue beaucoup avec toutes mes
épaisseurs et j'ai la bouche pleine de sel mais il n' est pas possible de
prendre le risque de faire tomber l' aile, donc pas de ravitaillement pendant
les coups durs.
Une fois sorti d' affaire, je reprends des forces avec des oeufs, des
barres de céréales, du Coca et du Fortimel . Puis , c' est l' heure du bilan. J'
ai perdu des forces dans la bataille et du temps ( environ 3 heures ). Je n' ai
pas dépassé les 90 milles nautiques et ça fait plus de 8 heures que je suis sur
la board. Je ne suis pas pressé donc patience.
Tout rentre dans l' ordre avec l' arrivée d' un autre front sur la
latitude du Sud de la Martinique. Il est 16 h. Je suis aux anges car j' avance
vite et le moral est bon. Mais je sais ce qui m' attend dans quelques heures :
la baston :-( !!! Pour agrémenter le tout, une petite colonie d'une dizaine de
dauphins vient faire son apparition autour de moi mais impossible de prendre une
photo avec eux , ils se sont rapprochés du bateau et en 5 minutes tout le monde
avait disparu.
J' ai l' impression que la nuit est en avance avec ce front Nord/Sud qui me
mange petit à petit. Je le sens menaçant et j'ai besoin de me rassurer avec mon
bateau de sécurité. Antoine me fait part aussi de son angoisse. Il faut que nous
filmions la scène et que je sois très vigilant sur ma sécurité. Je détache le
leech de la planche et le laisse traîner dans l'eau, je mets en place le leech
de l' aile et je vérifie la présence de mon coupe-ligne. Tout s' accélère en
moins de 5 minutes, la mer se frippe et devient noire, les moutons au vent me
signalent l'arrivée du vent violent. Je tire la sangle du Dépower à fond et je
pars en surf au grand largue tout choqué..........C' est parti !!!! Mais je ne
peux pas contrôler l'aile qui me secoue comme un prunier, ça va trop vite et
trop violemment, je percute les vagues devant moi avec force. Je ne pourrai pas
tenir ce rythme longtemps. Je m' arrête et décide de larguer la board qui est
récupérée par The Coach. Mais l'aile au zénith, ce n'est pas la solution, elle
m' arrache trop alors je pars à nouveau en fuite mais en tracté sur le ventre.
Je bois la tasse toutes les 10 secondes et avance entre 4 et 5 noeuds. Il faut
tenir, j'ai mal aux bras, la langue se transforme en salière, j'ai l'impression
d' avoir mangé des tonnes de Pop-corn, les yeux me brûlent mais rien ne semble
vouloir casser, tant mieux .
Après environ 20 minutes, cela commence à vouloir se calmer et Antoine
m'envoie le Twin-tip, c' est reparti. J'ai encore perdu du temps et des forces,
mais pas d' inquiétude de ma part car je ne présente pas de douleurs
particulières ( tendinites ...).
Le soleil fait une dernière apparition avant de disparaître sous l'
horizon. Je n'ai pas vu le rayon vert du fait que le ciel était chargé. Je fais
le plein de mon sac à dos et Jojo allume les feux, mais normalement je n'en ai
pas besoin car c'est la pleine lune.
Mais par malchance, nous n'avions pas su qu'il y avait une éclipse totale
de lune en début de nuit !!!! Je suis inquiet car la lune forme un anneau roux
et ne m' éclaire en aucun cas, elle vient même de disparaître ..........Je râle
d'une façon insensée sur l'erreur des scientifiques sur la pleine lune. J'
en perds mon latin et je regarde le phénomène se transformer devant moi. Après
plus d'une heure, la lune s' éclaire mais à l' envers, elle a un chapeau noire
sur la tête ??? Mais c'est quoi ce binz ? Curtis me contacte par VHF et me
demande si j'en ai pas marre de regarder la lune. Je lui explique avec émotion
que c'est une éclipse totale de lune, je n'y crois pas, pas ce jour !!!!
Tout rentre dans l'ordre et je peux naviguer à ma guise sans éclairage
supplémentaire. J'y vois assez pour surfer et amortir les vagues les plus
fortes. Les ravitaillements se succèdent sans difficulté, l' équipe est bien
rodée. Puis vers 23 heures, j' aperçois deux petites lumières au loin. Je pense
qu'il s' agit d'un bateau de pêche, puis 6 lumières et je pense alors avoir
affaire à 2 ou 3 bateaux de pêche. Que ni ni .......... Il s' agit d'un paquebot
de 200 m avec tous feux dehors , des centaines de lumières !!!! Beau spectacle
inattendu. Je me trouve à environ une bonne trentaine de milles à l'ouest de St
Vincent à la latitude de la moitié de l' île. Puis le vent me lâche assez
rapidement et je me retrouve encore en mauvaise position à pomper et abattre
plein Sud-Ouest. Vers minuit, je crains que ce soit de plus en plus la fin de la
session. Et par un déséquilibre sur la board et la fatigue, l' aile rase la
surface de la mer, les lignes touchent une vague et c 'est la cata .....
Sans air, elle s' arrête immédiatement et tombe sur son bord d'attaque. Je ne
peux encore me résigner et nous essayons dans tous les sens de la refaire
décoller.Tracté par le bateau, décollages dans les 2 fenêtres en nageant pendant
plus de 40 minutes. Mais en vains !!!
J'en ai assez de barboter, alors je monte sur l'arrière du bateau,
assis sur la chaise des moteurs, toujours attaché à mon aile posée en "paquet"
sur la mer. Au bout de quelques minutes, je veux voir le GPS traceur et voir ma
position : N 13°07 et W 061°54. Ok, j'ai repris le record 175 milles nautiques
mais quelle déception d' en finir ainsi, il me manque un minimum de 100 milles
nautiques.
La pillule est vite avalée, car immédiatement je me projette dans le défi
2008 avec l' expérience accumulée des trois tentatives. J' ai annoncé depuis un
an qu'il était possible de rider pendant 24 heures et maintenant avec plus de 17
heures de kite dans les bras et les jambes , j'ai ma réponse positive à ce
défis. Il faut encore un peu de patience et un peu de chance avec la météo et le
tour sera joué.
Je remercie tous ceux qui ont adhéré à ce défis Freekite, donnant de leur
temps et qui m'ont fait confiance. Par contre, j'ai besoin de trouver un
sponsor financier pour les prochaines
tentatives car la location du bateau, une équipe professionnelle logistique et
surtout l'essence embarquée représente un coup élevé pour moi , mais qui serait
minimisé pour un partenaire pouvant trouver dans ce défis mondial une bonne
place publicitaire importante ( radio, télévision, magazine, DVD, invitation
Défi Petit Navire, conférences....) et une dynamique d' entreprise certaine
autour d'un projet sportif.
J'ai confiance et suis déjà à l'attaque pour la prochaine saison.
A
bientôt.
Dom RIVARD